La Concordia de Vétroz – un peu d’histoire

More ‘n’ More:
toujours plus… au travers des âges

Depuis sa fondation, La Concordia de Vétroz vise à l’excellence. Cette ambition d’en faire toujours plus s’exprime en anglais par l’expression «More and more» dont les sons se confondent – seulement par hasard? – avec le patronyme de ses chefs emblématiques. Bref retour sur les quatre âges principaux de cette aventure musicale entamée il y a plus d’un siècle.

Une épopée sans égale à travers les âges

Modeste fanfare de village lors de sa fondation en 1907, La Concordia de Vétroz est devenue, au fil des âges, la formation de vents la plus titrée de Suisse. En effet, depuis sa première participation, à Lausanne en 1981, ce brass band du Valais central a toujours figuré sur le podium lors des huit Fêtes fédérales de musique qui se sont déroulées dans l’intervalle.

Le palmarès de La Concordia affiche un record suisse de trois victoires lors de Fédérales (Lucerne en 2006, Interlaken en 1996 et Lugano en 1991), deux titres de vice-champion (Montreux en 2016 et St- Gall en 2011) ainsi que trois médailles de bronze (Fribourg en 2001, Winterthour en 1986 et Lausanne en 1981).

Même place indéfectible sur le podium lors des Fêtes valaisannes de musique. Dans cette compétition cantonale, l’historique de La Concordia répertorie sept victoires (La Souste, 2009; Collombey-Muraz, 2005; Savièse, 2000; Viège, 1995; Conthey, 1985; Brigue, 1982 et Vouvry, 1979), complétées par deux places sur le podium, toujours à Martigny (2e rang en 1990 et 3e place en 2014).

Cette riche histoire est encore rehaussée par plusieurs distinctions au plan international: un 1er Prix au Concours international de Strasbourg (F), en 1996; un 2e Prix au Concours européen marquant le 150e anniversaire des musiques du Grand-Duché à Luxembourg, en 2013 et un autre 2e Prix au Concours de la Confédération internationale des sociétés de musique, à Trèves (Trier/D), en 1989, ainsi qu’une 4e place au World Music Contest de Kerkrade (NL), en 1992.

Comment tout ceci est-il arrivé? Pour le décrire, il faut parfois changer les habitudes: plutôt que raconter cette évolution du passé vers le présent, cet historique va remonter le cours du temps et présenter les différentes ères en partant de l’actualité.

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L’âge de platine: Bertrand Moren

Depuis l’automne 2016, La Concordia est placée sous la baguette de l’un de ses anciens musiciens, Bertrand Moren. Ce dernier a pris la succession de son père, Géo-Pierre, véritable légende du monde helvétique des vents. En pleine quarantaine rugissante (il est né en 1976), Bertrand Moren a bien sûr été formé à excellente école, auprès de son père, mais aussi de la célèbre pianiste Edith Fischer, ainsi qu’aux Conservatoires de Sion et de Genève. Il apporte à La Concordia l’expérience d’une vingtaine d’années comme directeur. Mais encore et surtout, il offre en sus le supplément presque unique d’un compositeur (quasiment) en résidence.

En effet, Bertrand Moren est l’une des plumes les plus prolifiques et les plus réputées dans l’univers des ensembles de vents. Il a ainsi composé quelque 200 œuvres. Tout son catalogue a été enregistré, notamment sur une demi-douzaine de CD qui lui sont intégralement consacrés. Il est aussi lauréat de plusieurs prix de composition. En particulier: le 1er Prix du Championnat européen de composition pour brass band à deux reprises (1998 et 2009) ainsi que le 1er Prix du Concours de composition organisé par l’Association suisse des brass bands (ASBB) pour le morceau de concours imposé au Championnat suisse des brass bands en 2007.

Clin d’œil de l’histoire, c’est déjà pour La Concordia qu’il avait écrit, en 1984, sa première composition d’importance dans le cadre de ce qui est devenu une tradition au sein de la formation vétrozaine: commander chaque année une nouvelle œuvre pour enrichir le répertoire, mais aussi – cas échéant – pour donner leur chance à de jeunes compositeurs.

Nul doute qu’avec un chef et un créateur de ce calibre, La Concordia peut aborder avec confiance sa quatrième ère, son âge de platine qui tâchera d’être encore plus brillant que l’or, plus fusionnel que le bronze, plus solide que la pierre.

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L’âge d’or: Géo-Pierre Moren

Au cours d’un règne sans partage, qui a duré 43 ans, La Concordia a vécu un véritable âge d’or. De l’automne 1973 à septembre 2016, Géo-Pierre Moren – père de Bertrand et également issu de ses rangs – a marqué de son empreinte non seulement la vie de la fanfare vétrozaine, mais aussi le monde helvétique des brass bands.

Sous sa houlette enthousiaste et exigeante, La Concordia a connu une véritable mue, abandonnant une instrumentation de fanfare belge (avec un registre complet de bugles faisant face à un registre de cornets) pour une formation de brass band classique, sur le modèle britannique (1980). Ayant à la même époque ouvert sa propre école de musique, Géo-Pierre Moren a créé une véritable pépinière de talents, illustrée par des dizaines de titres de solistes, au niveau valaisan, suisse et même européen.

Le palmarès écrit avec La Concordia – déjà mentionné en préambule – démontre la qualité de la relation développée entre l’ensemble et son chef inamovible pendant plus de deux générations. Pour les musiciens qui ont eu la chance de travailler sous sa baguette aussi précise que pédagogue, toujours soucieuse de musicalité et d’interprétation, rien n’aura été impossible: concours en Suisse et à l’étranger, concerts de gala, créations de nouvelles œuvres, etc. Un engagement salué, au terme de son mandat, par le second diplôme de directeur d’honneur décerné par La Concordia.

En outre, il faut signaler que Géo-Pierre Moren a remporté, avec le BB Treize Etoiles qu’il a fondé, un sacre de champion du monde (en 2005) ainsi que des titres de vice-champion du monde et de vice- champion d’Europe la même année, en 2009. Parmi la multitude d’autres couronnes du BB 13*, on retiendra encore treize sacres de champion suisse (1979, 1980, 1983, 1986, 1989, 1998, 2000, 2001, 2004, 2006, 2008, 2010 et 2014), trois European Open Contest (2000, 2001 et 2003), un Dutch Open Contest (2011), et dix Swiss Open Contest (1990, 1991, 1997, 1998, 2001, 2003, 2007, 2008, 2012 et 2014). Là aussi, le palmarès est sans égal en Suisse!

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L’âge de bronze: Elie Coudray

Fait remarquable, avant le règne de Géo-Pierre Moren, La Concordia avait déjà vécu une épopée presque aussi longue sous la baguette d’Elie Coudray, de 1933 à 1973. Employé de banque de formation, ce directeur aimait la précision des chiffres, du rythme et des sons qu’il savait aussi faire partager musicalement. Ces temps étaient difficiles – sous sa conduite, La Concordia a traversé la grande crise des années 1930 et la 2e Guerre mondiale – et les moyens économiques ou financiers faisaient souvent défaut.

Néanmoins, cette période a permis aux instrumentistes de La Concordia de gagner une aisance technique attestée par une belle brochette de trompettes militaires, qui fera de la fanfare l’une des formations de référence au sein des 22 ensembles constituant alors la Fédération des fanfares conservatrices (aujourd’hui démocrates-chrétiennes) du Centre.

A l’époque, point encore de concours, mais déjà un solide esprit de corps. Pas de compétitions à l’étranger, mais des «sorties» d’agrément hors des frontières helvétiques. Au terme de ces 40 ans à la baguette, le travail d’Elie Coudray sera consacré par le premier diplôme de directeur d’honneur attribué par La Concordia de Vétroz.

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L’âge de pierre: le temps héroïque des fondateurs

Comme beaucoup de fanfares valaisannes, La Concordia est née dans la douleur, en 1907, par la séparation du corps de musique «Union», dans un arrière-plan de divergences politiques entre les «rouges» (radicaux) et les «noirs» (conservateurs, aujourd’hui démocrates-chrétiens). C’est dans le granit de ces convictions fortement affirmées que s’est taillé, dès la fondation de la société, l’esprit concordien.

De cette période à la fois un peu rude et souvent héroïque, on retiendra déjà une ambition, clairement affichée: celle de «servir la musique». On en gardera aussi un souvenir: celle d’une société qui a marqué de sa présence les événements importants de la vie sociale. On en conservera enfin une particularité: celle de savoir – à l’époque déjà – sortir musique et oriflamme pour les circonstances les plus chargées en émotion.

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De ces quatre époques, les musiciennes et musiciens actuels de La Concordia ne peuvent que souhaiter que ces différentes ères, en particulier l’âge d’or et la période de platine, ne se prolongent longtemps encore… toujours plus (longtemps)! More ‘n’ more!

JRF